En 2023, la Cellule nationale de traitement de l’information financière (Centif) a enregistré 176 Déclarations d’Opérations Suspectes (DOS) pour un montant total de plus de 514 milliards de FCFA. En 2024, la Centif a reçu 196 DOS qui ont mis en cause plusieurs centaines de milliards de Francs CFA !
Sur ces 196 déclarations, 121 portent sur la dissimulation de l’origine réelle des fonds et 34 de fraudes.
Les autres concernent, entre autres, le financement du terrorisme, la violation de la règlementation relative aux relations financières extérieures, l’abus de biens sociaux, l’exercice sans agrément ; le trafic des migrants ; les sanctions financières ciblées ; l’infraction à la réglementation foncière ; l’enrichissement illicite.
Cent quarante-trois (143) proviennent des banques, quarante-une (41) de systèmes financiers décentralisés (SFD), dix (10) d’émetteurs de monnaie électronique et deux (2) d’entreprises et professions non financières désignées (EPNFD). Selon un cadre de la Centif, le montant de 2024 sera nettement supérieur à celui de 2023.
Même si les montants mis en cause par la Centif doivent être confirmés ou non au bout d’une procédure judiciaire en bonne et due forme, il faut reconnaître l’énormité de la somme. Encore que ce n’est que la partie invisible de l’iceberg compte tenu du caractère informel de l’économie. Pour 2023, c’est plus de 514 milliards de FCFA. C’est beaucoup pour un pays pauvre dont le budget 2023 adopté en décembre 2022 par le Conseil national de transition se chiffre à 2.895 milliards 903 millions de F CFA.
514 milliards, c’est plus de trente (30) hôpitaux de 2è référence à l’image de celui en chantier dans la ville de Koutiala dont le coût est évalué 12 milliards de FCFA, totalement financés par l’Etat malien.
514 milliards, c’est le coût de neuf (9) universités régionales comme celle de la ville de Sikasso dont le coût global de réalisation est de 52 milliards de FCFA. C’est aussi des dizaines de lycées techniques professionnels ou de centres de formation profes sionnelle, dont les filières sont conçues en fonction des réalités du marché local de l’emploi afin de doter le pays d’une manœuvre hautement qualifiée.
514 milliards, ça peut construire plusieurs unités industrielles d’égrenage de coton. C’est aussi le coût de réalisation de plusieurs kilomètres de routes bitumées.
514 milliards, ça peut servir à aménager des milliers d’hectares dans la zone de l’Office du Niger ou ailleurs. C’est aussi plusieurs villages agricoles pour installer des jeunes porteurs de projets dans le domaine agricole.
514 milliards, ça peut permettre d’augmenter les salaires des travailleurs.
Il est clair que la corruption et les pratiques assimilées demeurent l’un des freins au développement durable dans notre pays. Elles affectent les plus vulnérables et fragilisent la cohésion sociale. Ainsi, la lutte contre la corruption et les pratiques assimilées doivent être un combat commun pour les autorités politiques, les organisations de la société civile, les médias, les syndicats, les jeunes et les femmes.
Par Chiaka Doumbia
