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Mali : Drame de l’émigration : témoignage poignant d’un rescapé

Ils étaient 150 Maliens, ressortissants de Bafoulabé, Yélimané et Kayes, à embarquer dans une pirogue depuis Nouadhibou (en Mauritanie) pour rallier l’Europe à partir des côtes espagnoles. 86 d’entre eux périssent et les 64 rescapés sont actuellement dans un camp en Espagne

C’est un drame qui passe inaperçu pour le nombre de nos compatriotes. Pourtant, les statistiques fournies par les services de migrations en Afrique et ailleurs sur le péril des candidats à l’émigration clandestine font froid dans le dos. Mais surtout interpellent la conscience collective pour des actions concertées à une échelle plus globale en vue de circonscrire le phénomène à défaut de pouvoir le bannir.

Au-delà de la comptabilité macabre pour les pays de départ, le phénomène est en train de devenir aussi un véritable casse-tête pour les pays d’accueil. Et personne n’a intérêt à ce que la situation pourrisse et tout le monde doit s’inscrire dans la logique de trouver des solutions adaptées en tenant compte des intérêts des différentes parties concernées par le phénomène. Tout le monde s’accorde à dire que la volonté d’émigrer répond à une aspiration au bien-être matériel. Mais le phénomène suscite de nombreux questionnements comme par exemple qu’est-ce qu’il faut dans les pays de départ pour retenir les candidats à l’émigration ?

En attendant, les migrants continuent de périr dans la mer. C’était le cas la semaine dernière encore avec des ressortissants de Bafoulabé, Yélimané et Kayes qui ont péri en mer vers les côtes espagnoles (86 morts). Plus de 64 autres personnes ont survécu.

Récit d’un périple funeste, selon les récupérations et le témoignage poignant d’un rescapé qui a appelé son frère pour l’informateur du décès de ses camarades de voyage. Le jeudi 30 mai dernier, 150 jeunes Maliens (tous de la Région de Kayes, notamment des Cercles de Bafoulabé, Yélimané et Kayes) embarquent à bord d’une pirogue à partir de Nouadhibou (en Mauritanie) pour rallier l’Espagne par la mer . Ils passent des jours sans provision. Tenaillés par la faim et la soif, ces candidats à l’émigration commencent à mourir par petits groupes.

Les six premiers à passer de vie à trépas sont tous de Bafoulabé. Ils sont âgés de 20 à 30 ans. Deux de ces premières victimes sont originaires du village de Selinkegny (Commune rurale de Bafoulabé), une autre est du village de Madalaya (Commune de Tomora). Deux autres sont également originaires de la Commune de Sidibela et enfin la dernière vient de la Commune de Diallan, explique Abdoulaye Kanouté, un rescapé. Lui-même est de la Commune de Sidibé (Sawarané) dans le Cercle de Bafoulabé.

La Région de Kayes est une région d’émigration par excellence. Actuellement confrontés à des difficultés économiques comme partout ailleurs dans le pays, des milieux de jeunes optent pour l’émigration illégale en bravant les dangers à la recherche de l’eldorado. La cohorte partie de Nouadhibou était censée passer seulement trois ou quatre jours en mer. Mais, elle y est conservée plus de deux semaines. La pirogue transportant les 150 jeunes s’éloignait progressivement de la destination prévue.

Disparus en plein milieu de la mer sans apercevoir aucune terre, les rescapés assistaient impuissants à la mort de leurs camarades de voyage. Les rescapés traînent aussi les séquelles du voyage. Ils ont dépéri sous les vagues de la mer et un soleil implacable. Les cadavres étaient jetés à la mer.

Le mercredi 19 juin dernier, après 20 jours passés en mer, ils ont été repérés et secourus par un navire de pêche espagnol, à une centaine de Km de leur destination. Affaiblis, les jeunes migrants seront accueillis par la Croix-Rouge espagnole. Aujourd’hui, ils sont dans un camp en Espagne où ils reçoivent des soins, selon Abdoulaye Kanouté.

Même les pertes en vies humaines, ne dissuadent pas les candidats à l’émigration. Ils chercheront par tous les moyens à regagner les pays d’Europe pour y travailler. Aujourd’hui, la bonne question est de savoir ce qui doit être fait pour retenir les candidats à l’émigration, car il y a une impérieuse nécessité de trouver rapidement des solutions pour mettre fin aux drames à répétition.

Boubacar MACALOU

Amap-Bafoulabé

L’Essor

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