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Dégradation des routes à Bamako : Les usagers entre amertume et déception

La plupart des voies sont parsemées de nids de poule voire de baignoires d’éléphant. Certaines sont carrément impraticables durant la saison des pluies. Les spécialistes avancent beaucoup de raisons à cette situation qui use les engins roulants

Le développement harmonieux d’un pays aussi vaste que le Mali passe par la réalisation d’infrastructures routières de qualité facilitant la mobilité des personnes, leurs biens et leur accès facile aux zones de production. Une chose est de construire des routes, une autre est de les maintenir en bon état pour fluidifier la circulation des usagers. Est-ce réellement le cas à Bamako et environs ?

Il importe, avant d’y répondre, de mieux cerner la classification des routes maliennes. Dans notre pays, elles sont classées en trois catégories : routes nationales (RN), régionales et interrégionales (RR) et les routes locales ou communautaires (RL). Outre les routes nationales, l’entretien de certaines voies régionales et interrégionales relève de la compétence de l’État central. Les collectivités assurent l’entretien des autres routes.

En la matière, une convention de financement d’entretien n° 001/2021/CF/ER-RR.RL.RC/CD) en date du 30 mars 2021 a été signée entre le Conseil du District de Bamako et l’Autorité routière, un montant de 942,3 millions de Fcfa. La réalisation des travaux programmés dans le cadre de cet accord a pour objectif de sauvegarder le réseau prioritaire, d’améliorer la gestion du réseau routier et d’accroître la participation du secteur privé dans l’exécution des travaux et la fourniture des services (entreprises BTP et bureaux de consultants). Les travaux d’entretien des routes classées communales et non classées dans le District de Bamako au titre de 2021, portent sur un réseau de 127,73 km. La convention de financement précise que les travaux couvriront tout ou partie du réseau routier d’intérêt régional, local et communale du District de Bamako.

Quant à elle, la direction générale des routes a, au titre de 2021, évalué à 120 milliards de Fcfa le besoin d’entretien pour l’ensemble des routes du Mali, révèle le directeur technique de l’Autorité routière. Lansana Diamouténé précise que 50% du Fonds d’entretien routier destiné au District de Bamako a été débloqué. Sur le terrain, le constat est amer. Les routes se dégradent à une vitesse inquiétante année après année. Surtout en cette période d’hivernage. Les mêmes scènes de détérioration ou de réparation sont souvent constatées sur les mêmes axes routiers. Sur la route principale, les 30 Mètres, reliant Bacodjicoro à Faladié, en passant par le rond-point des Sapeur-pompiers sis à l’entrée du quartier Golfe, des nids de poules sont visibles par endroits tout le long du trajet. « Ici, on roule doucement pas pour le plaisir de le faire, mais c’est l’état de la route qui l’impose en réalité», confie un usager de cet axe.

INCIVILITE – À certains endroits, ce sont des baignoires d’éléphants que l’on constate en plein milieu des routes de Bamako. Sur certaines voies, les usagers n’évitent plus les trous, mais les choisissent plutôt en fonction de leur profondeur. «L’état de nos routes est déplorable. Chaque année, c’est le même scenario. Dès la tombée des premières pluies, on constate des nids de poule sur les routes, qui causent souvent des accidents graves. La qualité de l’entretien laisse à désirer», déplore Soumaïla Sagara, rencontré à Kalaban Coura.

Les spécialistes évoquent comme causes les surcharges des camions gros-porteurs et autres engins lourds, les eaux de pluies qui submergent les routes faute de curage normal des caniveaux prévus pour l’écoulement de ces eaux-là. Il y a aussi l’occupation anarchique des voies, des canalisations et des marigots. Cette incivilité de la population atteint son paroxysme à travers une pratique devenue monnaie courante appelée «promo». Il s’agit-là de profiter de la pluie pour vider les poubelles dans les caniveaux pensant que les déchets seront emportés par les eaux de pluies.

Ces ordures ménagères obstruent généralement les caniveaux et se retrouvent sur nos routes ou dans les collecteurs naturels. L’eau ne faisant pas bon ménage avec le goudron, elle pénètre le bitume creusant souvent des trous béants tout le long de nos voies qui deviennent ainsi impraticables.

Certains concitoyens doutent de la qualité même des travaux exécutés. «Les routes sont entretenues chaque année. Quelques mois après, elles se dégradent», dénonce Tapha Coulibaly. Tout en accusant les camions d’être responsables de cette dégradation rapide de nos routes, il se dit convaincu que le respect strict des normes de construction et d’entretien pourrait prolonger la durée de vie de nos routes.

La construction de nos routes ne se fait pas selon les normes, croit savoir Kibili Demba Dembélé. Les voies sont étroites pour la circulation et sont réalisées sans tenir compte de toutes les infrastructures qui doivent les accompagner, c’est-à-dire les caniveaux, les ouvrages de franchissement (dalots), argumente l’ingénieur en génie civil, spécialité bâtiment et travaux publics (BTP). «Les caniveaux doivent être curés régulièrement surtout avant le début de l’hivernage, car ils servent non seulement à l’évacuation des eaux pluviales, mais aussi des eaux usées provenant des ménages», préconise-t-il.

SOLUTIONS- S’ils sont réalisés, les caniveaux sont presque tous bouchés et inutilisables, donc les normes en matière d’assainissement de la route restent à revoir, déduit notre interlocuteur. «L’entretien des routes est négligé au Mali. En principe, il ne doit jamais y avoir du sable, de l’eau ou des ordures sur une route. Ce sont des causes de dégradation et d’accidents de la circulation», développe le spécialiste. La plupart de nos routes sont très minces en structure et sous dimensionnées pour pouvoir supporter des charges lourdes. Elles sont trop petites parfois, car ne tenant pas compte du flux de circulation. Le compactage est mal fait, ce qui crée des tassements différentiels qui laissent voir de grands ou petits bassins, c’est-à-dire des nids de poule sur les voies de circulation, explique le spécialiste en BTP.

Pour nombre d’interlocuteurs, cette situation déplorable est à la base de beaucoup d’accidents parfois mortels. Sur certains axes routiers, elle offre l’occasion à des jeunes désœuvrés, visiblement vicieux, de soutirer quelques billets aux usagers en récompense de leur effort qui consiste à faire semblant de remplir les trous béants avec des cailloux. Une manière pour eux de contribuer à adoucir le calvaire des usagers.

Pour y faire face, Kibili Demba Dembélé prône une meilleure politique d’exécution des marchés publics, un suivi rigoureux et un contrôle permanent des chantiers par les pouvoirs publics. Dès qu’on construit une nouvelle route, il faut prévoir un plan d’entretien, suggère Lansana Diamouténé. Il s’agit de l’entretien courant qui s’effectue deux fois l’an. Ensuite l’entretien se fera tous les trois ans, avant de devenir périodique (travaux de renforcement), explique l’ingénieur en génie civil. Le directeur technique de l’Autorité routière propose également l’adoption d’un calendrier d’exécution des travaux à mener avant l’hivernage.

Babba B. COULIBALY

Source : l’Essor

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