Adresse à la Nation: Le chef de l’État annonce le remembrement de la Cour constitutionnelle

Ibrahim Boubacar Keïta s’est adressé mercredi soir à la Nation. Il a annoncé aussi un Accord politique de rassemblement national qui s’attellera à la mise en œuvre diligente et mesurable des recommandations du Dialogue national inclusif.

Texte intégral de son intervention

Maliennes, Maliens,

Respectés hôtes du Mali,

Comme moi, vous avez tous noté les actes de contestation portés par une partie de nos compatriotes depuis le mois de juin dernier. Ils expriment, sans doute, une certaine vitalité démocratique. Mais, ils ne sont pas sans conséquences sur le moral et l’image d’un pays comme le nôtre qui doit, pour sa survie, satisfaire à trois exigences : d’abord reconquérir l’intégralité de notre territoire en éradiquant l’insécurité et le sinistre projet de transformer le Mali en califat ; ensuite vaincre la pandémie de la Covid-19 au double plan de la réponse sanitaire et de la résilience économique ; enfin poursuivre les tâches de développement en droite ligne du projet d’émergence nationale qui n’a jamais cessé d’être ma préoccupation.

Je sais également, chers compatriotes, les angoisses engendrées par la situation. De chacune de vous, de chacun de vous, je mesure les tourments. Ils sont, du reste, naturels, car, ils disent le souci de ce cher pays, ce pays que nous avons en partage et qui attache le plus grand prix au bon voisinage et au compromis que soit préservée la paix sociale.

C’est pour cette paix sociale, convaincu que nous avons du ressort pour rebondir à chaque crise, que dans mes précédentes adresses, j’ai tenu à signifier que j’ai entendu les colères et les interrogations qui sont les causes sous-jacentes de la crise actuelle. Et c’est pourquoi, sans hésiter davantage et ce malgré le coût financier de la mesure et ses possibles effets domino, j’ai instruit l’application immédiate et pleine et complète de l’article 39. Pour les classes concernées, nos enfants ont repris le chemin de l’école. Je rends grâce au corps enseignant et aux parents d’élèves pour leur diligence, leur disponibilité et leur esprit patriotique.

Entendre et soutenir les Maliennes et les Maliens, ceux majoritaires qui dépendent du secteur informel, de même que les couches les plus vulnérables de la population, telle est aussi la raison pour laquelle, le gouvernement a mis fin au couvre-feu décrété au mois de mars dans le but de limiter la circulation du coronavirus dont les dégâts dans le monde ne sont cachés à personne.

Je ne m’étendrais pas sur les mesures sociales mises en œuvre, au niveau national, pour atténuer l’impact socioéconomique de la pandémie.

Mes chers compatriotes,

Parce que mon objectif est de ne pas ajouter une crise politique aux graves urgences sanitaires et économiques que nous vivons, et parce que c’est dans mes obligations d’écouter et de comprendre les Maliens, je poursuis, depuis plusieurs semaines, les consultations avec les forces vives du pays.

Mieux, j’ai proposé, voici maintenant deux semaines, un gouvernement d’union nationale ouvert à toutes les sensibilités, majorité, opposition, société civile. Car je demeure convaincu que c’est au Mali qu’on donne ainsi la chance de bénéficier de l’accompagnement et de l’expertise de toutes les parties.

C’est ici le lieu et le moment de vous informer que ma décision de renouveler ma confiance en le Premier ministre, Boubou Cissé, le 12 juin dernier, se fonde sur notre lecture partagée des préoccupations du pays, de ses priorités ainsi que de la stratégie requise par les enjeux du moment, en un temps de turbulences.

Nous nous sommes mis d’accord, le chef du gouvernement et moi-même, de la nécessité de concevoir et proposer un Accord politique de rassemblement national qui s’attellera à la mise en œuvre diligente et mesurable des recommandations du Dialogue national inclusif. Donc de cet autre grand moment qui a été salué au-dedans comme au dehors du Mali comme une totale réussite et qui a rassemblé les Maliens des communes et des cercles, des régions et du District de Bamako, de tous les segments et de toutes sensibilités.

Cet Accord qui ira jusqu’en 2023, reposera sur les idées-forces suivantes :

– Première idée-force : pacifier et sécuriser le pays dans toute son étendue, afin que nos producteurs ruraux puissent s’adonner à leurs activités, que les échanges interrégionaux puissent redevenir fluides, que les communautés retrouvent le légendaire vivre ensemble qui a fait la réputation de notre pays. Le travail de pacification et de sécurisation sera de longue haleine. Mais il s’agit de ne plus concéder un pouce de notre territoire, de faire reculer l’ennemi et de faire en sorte que le Mali en particulier et le Sahel en général ne soient pas le nouveau sanctuaire mondial de l’extrémisme violent. Il est alors indispensable de s’attaquer résolument à la dissolution de toutes les milices d’auto-défense, de porter à son point d’achèvement le processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion et enfin d’accélérer le retour effectif de l’Etat dans les régions Centre et Nord.

Deuxième idée force : entreprendre les réformes institutionnelles convenues et ce dans un délai de 12 mois, afin de mettre en adéquation les demandes de notre peuple et les engagements du gouvernement, et nous doter de textes appropriés en capitalisant sur trente ans de vécu institutionnel.

– Troisième idée-force : opérationnaliser les régions qui ne le sont pas encore. Ce travail a pris du retard mais il ne saurait être continuellement en accuser sans remettre en cause un des fondements de notre stratégie de développement, à savoir la régionalisation, par une décentralisation poussée, voire irréversible, et cela en ancrant les agences de développement régional où la décision de contrôler leur devenir est laissée aux populations à la base.

– Quatrième idée-force : veiller à une saine distribution de la justice. Et cela dans toutes les juridictions et à tous les échelons administratifs du pays. Nous savons que ce pays crie depuis longtemps sa soif de justice. Nous savons que la paix est précaire et volatile sans la justice. Et nous savons hélas que l’engouement des populations pour la justice expéditive des pseudo-djihadistes s’explique par le rejet de la justice d’Etat avec les tares qui lui sont connues dont la corruption et la durée des procédures. Cela devra donc recevoir les réponses appropriées.

Maliennes et Maliens,

Hôtes du Mali,

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Updated: juillet 10, 2020 — 10:39

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